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Rimbaud, Lafontaine ou Baudelaire ?

 

La littérature érotique est aujourd’hui très méconnue. Mis à part le marquis de Sade et quelques couplets ‘chauds’ de Ronsard ou des poètes dits romantiques comme Lamartine ou De Musset, rares sont les passages érotiques renommés. Pourtant, la richesse du vocabulaire et la puissance évocatrice du sens profond des mots, des images qu’ils font naître dans notre conscient, peuvent facilement mettre le feu au lecteur ou à la lectrice de simples vers. La preuve ?

 

Vous saviez que Lafontaine… ?

Bien sûr, on peut évoquer Rimbaud ou Baudelaire. Ce dernier étant jugé tellement ‘hot’ par ses contemporains que la version initiale des fleurs du mal aura même été censurée de quelques poèmes. On ne peut que vous inviter à lire « Les Bijoux » du maître des poètes maudits ou la première soirée de Rimbaud. Mais si l’on connaît ces poètes pour leur facilité à exprimer sentiments, passions et pulsions, on n’imagine pas forcément le fabuliste Lafontaine jouer avec autant d’ardeur de petites pièces un peu plus coquines.

A ce propos, connaissiez-vous l’anneau d’Hans Carvel ?

Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière;
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l'Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes;
Frondait l'attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s'arrêtait aucunement;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qu'il lui disait..: Je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gène ;
Carvel, j'ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car tandis qu'au doigt tu l'auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci Monsieur l'aumônier
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggraves,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt ou vous savez.

George Sand et Alfred De Musset

Sans que l’on ne sache si cet échange fut réel ou s’il est une invention plus récente, les lettres que s’adressaient George Sand et Alfred De Musset exprimaient parfois un érotisme fort. Pour preuve, voici la lettre adressée par George Sand à Alfred De Musset :

Je suis très émue de vous dire que j'ai

bien compris l'autre soir que vous aviez

toujours une envie folle de me faire

danser. Je garde le souvenir de votre

baiser et je voudrais bien que ce soit

là une preuve que je puisse être aimée

par vous. Je suis prête à vous montrer mon

affection toute désintéressée et sans cal-

cul, et si vous voulez me voir aussi

vous dévoiler sans artifice mon âme

toute nue, venez me faire une visite.

Nous causerons en amis, franchement.

Je vous prouverai que je suis la femme

sincère, capable de vous offrir l'affection

la plus profonde comme la plus étroite

en amitié, en un mot la meilleure preuve

dont vous puissiez rêver, puisque votre

âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-

bite est bien longue, bien dure et souvent

difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme

grosse. Accourrez donc vite et venez me la

faire oublier par l'amour où je veux me

mettre.

 

Elle vous paraît anodine, lue comme ça, non ? Reprenez votre lecture et lisez seulement une ligne sur deux. Vous découvrirez un tout autre message… Comme quoi, il n’est pas toujours question de massage érotique, les mots peuvent aussi facilement nous mettre en émoi. Mesdames et messieurs,  vos plumes…